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Décennale: forclusion confirmée, alerte pour chantiers

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Dans le secteur du bâtiment, la garantie décennale constitue un pilier fondamental de la protection des maîtres d’ouvrage et des professionnels. Cette assurance obligatoire couvre pendant dix ans les dommages compromettant la solidité d’un ouvrage ou le rendant impropre à sa destination. Toutefois, une jurisprudence récente est venue clarifier un aspect crucial de cette garantie : la nature du délai décennal comme délai de forclusion et non de prescription, avec des conséquences majeures pour tous les acteurs de la construction.

Cette distinction juridique, confirmée par plusieurs arrêts de la Cour de cassation, notamment en juin 2021 et octobre 2024, modifie profondément les règles du jeu en matière de responsabilité des constructeurs. Cette qualification emporte des conséquences pratiques importantes pour la gestion des chantiers et la déclaration des sinistres, constituant une véritable alerte pour l’ensemble des professionnels du BTP.

La nature juridique du délai décennal : une clarification majeure

Cette distinction, qui peut sembler technique, revêt une importance capitale dans la pratique. Contrairement aux délais de prescription classiques, les délais de forclusion obéissent à des règles beaucoup plus strictes et moins favorables aux victimes de désordres.

Cette règle de principe connaît toutefois quelques exceptions prévues par la loi, mais elles restent limitées et doivent être parfaitement maîtrisées par les professionnels pour éviter de se retrouver dans l’impossibilité d’agir.

La jurisprudence a progressivement unifié le régime de la responsabilité des constructeurs. Cette harmonisation vise à simplifier le droit de la construction, mais elle impose également une vigilance accrue aux maîtres d’ouvrage et aux professionnels quant au respect des délais.

Les conséquences de la reconnaissance de responsabilité

L’une des conséquences les plus importantes de cette qualification en délai de forclusion concerne l’effet des reconnaissances de responsabilité. Dans de nombreux cas, les entreprises de construction acceptent de reprendre des désordres ou reconnaissent leur responsabilité dans l’espoir de régler le litige à l’amiable. Or, cette pratique courante n’a plus l’effet juridique escompté.

Cette règle a été confirmée à plusieurs reprises et constitue un revirement majeur par rapport à la jurisprudence antérieure qui admettait l’effet interruptif de la reconnaissance de responsabilité.

Cette situation crée un paradoxe dangereux pour les maîtres d’ouvrage : un constructeur peut reconnaître sa responsabilité, s’engager à effectuer des travaux de reprise, et néanmoins voir son assureur opposer la forclusion si l’action en justice n’a pas été engagée dans le délai décennal. . Les maîtres d’ouvrage doivent donc être extrêmement vigilants et ne pas se fier uniquement aux promesses de reprise.

Les exceptions : comment interrompre le délai de forclusion

Malgré le principe d’impossibilité d’interruption des délais de forclusion, le Code civil prévoit certaines exceptions limitées. . Cette exception constitue le principal moyen pour les maîtres d’ouvrage de préserver leurs droits.

L’assignation en justice, qu’elle soit au fond ou en référé, produit donc un effet interruptif. Cependant, cet effet n’est pas suspensif. . Cette règle impose une grande réactivité, car le nouveau délai commence immédiatement après la décision.

Il est crucial de noter que l’interruption ne concerne que les désordres expressément visés dans l’assignation. . Les maîtres d’ouvrage doivent donc veiller à décrire avec précision et exhaustivité l’ensemble des désordres constatés dans leurs actes de procédure, sous peine de se voir opposer la forclusion pour les désordres non mentionnés.

Les délais de déclaration des sinistres : un enjeu crucial

Au-delà de la question de la forclusion décennale, les professionnels du bâtiment doivent également respecter des délais stricts pour la déclaration des sinistres auprès de leurs assureurs. . Le non-respect de ce délai peut avoir des conséquences graves.

Cette sanction n’est donc pas automatique, mais elle constitue un risque réel que les professionnels ne peuvent ignorer. La charge de la preuve du préjudice incombe à l’assureur, mais mieux vaut prévenir que guérir.

Pour les maîtres d’ouvrage ayant souscrit une assurance dommages-ouvrage, les délais sont également encadrés. . Le respect de ce délai est essentiel pour garantir une indemnisation rapide.

L’obligation d’assurance décennale en 2025-2026

Cette obligation légale s’impose à tous les professionnels réalisant des travaux de construction, qu’il s’agisse de constructions neuves ou de rénovations importantes. Le défaut d’assurance expose les professionnels à des sanctions particulièrement lourdes.

Ces sanctions pénales s’ajoutent aux conséquences civiles, puisque le professionnel non assuré devra assumer personnellement l’intégralité des coûts de réparation des désordres pendant dix ans. Cette situation peut rapidement conduire à la ruine financière d’une entreprise.

Les maîtres d’ouvrage sont de plus en plus vigilants sur ce point et exigent systématiquement la présentation de l’attestation avant tout démarrage des travaux. Cette pratique, recommandée par tous les organismes professionnels, permet de sécuriser juridiquement l’ensemble des parties.

Les évolutions jurisprudentielles récentes

La jurisprudence de 2024 et 2025 a apporté des précisions importantes sur l’application du délai de forclusion. Cette exigence impose que le dommage soit effectivement caractérisé dans sa gravité pendant le délai.

Cette règle a des conséquences pratiques importantes : il ne suffit pas qu’un désordre soit apparu pendant le délai décennal, encore faut-il qu’il ait atteint le degré de gravité requis. Les simples indices ou les risques de dommages ne suffisent pas. Cette précision jurisprudentielle impose aux maîtres d’ouvrage de ne pas agir trop tôt, mais également de ne pas attendre trop longtemps.

Par ailleurs, la Cour de cassation a confirmé que les désordres apparents à la réception ne peuvent faire l’objet d’une action décennale. Cette solution protège les constructeurs contre les maîtres d’ouvrage qui auraient accepté la réception sans réserve malgré la connaissance de désordres.

Les bonnes pratiques pour sécuriser les chantiers

Face à ces évolutions jurisprudentielles, les professionnels du bâtiment doivent adapter leurs pratiques. La première recommandation concerne la documentation systématique de tous les échanges et constats. Cette traçabilité permet de reconstituer chronologiquement l’apparition des désordres et les démarches entreprises.

La réactivité est donc essentielle, tant pour les professionnels que pour les maîtres d’ouvrage. Il convient de ne jamais laisser traîner une déclaration de sinistre, même si le dommage paraît mineur.

Pour les maîtres d’ouvrage confrontés à des désordres, la prudence commande de ne pas se contenter d’une promesse de reprise amiable. Lorsque le délai décennal approche de son terme, il est impératif d’engager une action en justice pour interrompre le délai, quitte à poursuivre parallèlement les négociations amiables.

L’expertise judiciaire : un outil stratégique

L’assignation en référé-expertise constitue un outil procédural particulièrement adapté pour interrompre le délai de forclusion tout en permettant une évaluation technique contradictoire des désordres. Cette procédure permet de désigner un expert judiciaire qui analysera les dommages, recherchera leurs causes et proposera des solutions de réparation. L’ordonnance du juge désignant l’expert interrompt le délai de forclusion.

Cependant, il faut être conscient que cette interruption n’est pas une suspension. Cette règle peut sembler sévère, mais elle s’explique par la nature même du délai de forclusion qui vise à éviter que les actions en responsabilité ne se prolongent indéfiniment.

Si l’expertise dure plusieurs années et que le nouveau délai décennal arrive à son terme, il sera nécessaire d’engager une action au fond avant l’expiration de ce nouveau délai. Les maîtres d’ouvrage doivent donc suivre attentivement le déroulement de l’expertise et ne pas hésiter à assigner au fond si nécessaire.

Les implications pour les assureurs

La qualification du délai décennal en délai de forclusion a également des conséquences importantes pour les assureurs. Ces derniers peuvent désormais opposer plus facilement la forclusion aux demandes d’indemnisation, y compris lorsque leur assuré a reconnu sa responsabilité. Cette situation crée parfois des tensions entre les constructeurs et leurs assureurs.

Cette jurisprudence montre qu’un assureur peut renoncer à invoquer la forclusion par son comportement, mais cette renonciation doit être non équivoque.

Les assureurs doivent également respecter leurs obligations contractuelles et légales en matière de délais de réponse. Le non-respect de ces délais peut les priver de certains moyens de défense. . Cette sanction illustre l’importance du respect des délais par toutes les parties.

Perspectives et recommandations pour 2026

Ces nouvelles techniques de construction soulèvent des questions inédites en matière de garantie décennale et de forclusion. Les professionnels doivent adapter leurs pratiques et leur couverture assurantielle à ces évolutions techniques.

La formation continue des professionnels apparaît donc comme une nécessité absolue pour maîtriser ces évolutions et éviter les pièges de la forclusion.

Les professionnels doivent également anticiper les conséquences de l’inflation sur les montants assurés. Une sous-assurance peut s’avérer catastrophique en cas de sinistre important. Il est recommandé de réévaluer régulièrement les capitaux garantis et de vérifier que les activités déclarées correspondent bien aux travaux effectivement réalisés. Toute extension d’activité doit faire l’objet d’une déclaration préalable à l’assureur pour éviter les exclusions de garantie.

La jurisprudence récente sur la forclusion décennale constitue une véritable alerte pour l’ensemble des acteurs du secteur de la construction. Maîtres d’ouvrage, professionnels du bâtiment et assureurs doivent intégrer ces nouvelles règles dans leur pratique quotidienne. La vigilance sur les délais, la documentation systématique des désordres et la réactivité dans les déclarations constituent désormais des impératifs incontournables. Face à la rigueur de la forclusion, la prévention et l’anticipation restent les meilleures armes.

Dans ce contexte juridique complexifié, le recours à des professionnels du droit spécialisés en construction apparaît plus que jamais nécessaire. Seule une connaissance approfondie de la jurisprudence et une maîtrise des procédures permettent d’éviter les écueils de la forclusion et de préserver efficacement les droits de chacun. L’année 2026 s’annonce donc comme une période charnière où la sécurisation juridique des chantiers devra primer sur toute autre considération pour éviter les contentieux coûteux et les situations inextricables nées de l’écoulement irrémédiable des délais.

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