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Décret BACS reporté: litiges et assurance en chantier

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Le secteur du bâtiment tertiaire français connaît une transformation réglementaire majeure avec le décret BACS (Building Automation and Control Systems), publié initialement en juillet 2020. Cette obligation d’installation de systèmes d’automatisation et de contrôle vise à optimiser la performance énergétique des bâtiments. Toutefois, , créant un contexte juridique complexe pour les acteurs du secteur.

Ce report, annoncé par le Premier ministre lors du Congrès des Maires, soulève de nombreuses questions relatives aux responsabilités contractuelles, aux garanties applicables et aux litiges potentiels sur les chantiers d’installation de systèmes GTB. Dans un environnement où les obligations réglementaires évoluent, la gestion des risques assurantiels devient cruciale pour les propriétaires, gestionnaires et installateurs de ces équipements techniques.

Le cadre réglementaire du décret BACS et ses modifications récentes

Cette réglementation s’inscrit dans une démarche plus large de transition énergétique et vise à permettre aux bâtiments tertiaires de respecter les exigences de réduction de la consommation énergétique établies par le décret tertiaire.

Le décret modificatif du 7 avril 2023 a considérablement élargi le champ d’application en abaissant le seuil de puissance.

Ce report a été justifié par l’alignement de la France sur la directive européenne sur la performance énergétique des bâtiments et par les contraintes budgétaires des collectivités. Néanmoins, .

Les obligations des différents acteurs et responsabilités contractuelles

La mise en œuvre du décret BACS implique plusieurs catégories d’acteurs ayant chacun des responsabilités spécifiques. . Cette répartition des responsabilités peut être source de litiges, notamment lorsque les baux commerciaux ne précisent pas clairement qui doit supporter les coûts et assumer les obligations liées à la conformité BACS.

Les propriétaires de bâtiments tertiaires doivent s’assurer de l’installation d’un système d’automatisation conforme aux exigences réglementaires. Cela implique non seulement l’investissement initial dans l’équipement, mais également la responsabilité de maintenir le système en état de fonctionnement optimal. .

Les gestionnaires immobiliers jouent un rôle de coordination essentiel dans la mise en œuvre du décret BACS. Ils doivent planifier les travaux, sélectionner les prestataires qualifiés et s’assurer du respect des échéances réglementaires. Les locataires, selon les clauses de leur bail, peuvent également être tenus de participer financièrement ou techniquement à la mise en conformité, créant ainsi un terrain propice aux désaccords contractuels.

Les systèmes GTB et leurs exigences techniques

La Gestion Technique du Bâtiment (GTB) constitue la solution privilégiée pour répondre aux exigences du décret BACS. , et détecter les pertes d’efficacité.

La classification des systèmes GTB selon la norme NF EN ISO 52120-1:2022 définit quatre classes de performance, de A (la plus performante) à D (la moins performante). . Toutefois, les classes A et B sont recommandées pour maximiser les économies d’énergie et optimiser le retour sur investissement.

L’installation d’un système GTB nécessite l’intervention de professionnels qualifiés capables d’intégrer les différents équipements techniques du bâtiment (chauffage, climatisation, ventilation, éclairage) dans un système centralisé. La complexité technique de ces installations peut être source de malfaçons ou de non-conformités, engageant la responsabilité des installateurs et nécessitant une couverture assurantielle adaptée.

Les litiges liés à l’installation des systèmes BACS

Les chantiers d’installation de systèmes GTB peuvent donner lieu à divers types de litiges. Les malfaçons constituent la première source de contentieux, qu’il s’agisse de défauts d’installation, de non-conformité aux spécifications techniques ou de dysfonctionnements affectant la performance énergétique attendue. Ces défauts peuvent se manifester immédiatement après la mise en service ou apparaître progressivement lors de l’exploitation du système.

Les retards de chantier représentent également une source fréquente de litiges, particulièrement dans le contexte des échéances réglementaires du décret BACS. Un propriétaire qui ne parvient pas à respecter les délais de mise en conformité en raison de retards imputables à l’installateur peut subir des préjudices, notamment en termes d’image et de non-atteinte des objectifs du décret tertiaire. La question de la responsabilité et des pénalités contractuelles devient alors centrale.

Les litiges peuvent également porter sur la performance réelle des systèmes installés. Lorsque les économies d’énergie promises ne sont pas au rendez-vous, le maître d’ouvrage peut contester la conformité de l’installation ou sa qualité. . L’écart entre les performances attendues et réelles peut justifier une action en garantie ou en responsabilité contractuelle.

Les garanties légales applicables aux installations GTB

Les installations de systèmes GTB dans le cadre du décret BACS sont soumises aux garanties légales de la construction prévues par le Code civil. La garantie de parfait achèvement, d’une durée d’un an à compter de la réception des travaux, oblige l’entrepreneur à réparer tous les désordres signalés par le maître d’ouvrage, qu’ils soient apparents ou non lors de la réception.

La garantie biennale, également appelée garantie de bon fonctionnement, couvre pendant deux ans les éléments d’équipement dissociables du bâtiment. Les systèmes GTB, bien qu’intégrés au bâtiment, peuvent relever partiellement de cette garantie pour certains de leurs composants. Cette garantie s’applique aux dysfonctionnements affectant les équipements mais ne compromettant pas la solidité de l’ouvrage.

Dans le contexte du décret BACS, un système GTB défaillant qui empêcherait le bâtiment de respecter ses obligations réglementaires pourrait potentiellement relever de cette garantie, bien que cette interprétation reste débattue en jurisprudence.

Les assurances obligatoires et recommandées

Pour les travaux d’installation de systèmes GTB dans le cadre du décret BACS, cette assurance permet d’obtenir une indemnisation rapide en cas de sinistre relevant de la garantie décennale.

Les entrepreneurs et installateurs doivent obligatoirement souscrire une assurance de responsabilité civile décennale couvrant les dommages relevant de leur responsabilité au titre de la garantie décennale. Cette assurance protège à la fois le professionnel et le maître d’ouvrage en garantissant la réparation des dommages même en cas de défaillance financière de l’entreprise.

Au-delà des assurances obligatoires, il est fortement recommandé de souscrire des garanties complémentaires adaptées aux spécificités des installations GTB. Une assurance tous risques chantier peut couvrir les dommages survenant pendant la phase de travaux. Une assurance responsabilité civile professionnelle étendue peut prendre en charge les préjudices immatériels liés aux dysfonctionnements des systèmes, tels que les surcoûts énergétiques ou les pénalités pour non-respect des obligations réglementaires.

La gestion amiable et judiciaire des litiges

Face à un litige lié à l’installation d’un système BACS, la première démarche consiste à privilégier une résolution amiable. Le maître d’ouvrage doit notifier les réserves ou désordres constatés par lettre recommandée avec accusé de réception, en détaillant précisément les non-conformités observées. L’intervention d’un expert technique indépendant peut faciliter le dialogue en apportant un éclairage objectif sur les causes des dysfonctionnements et les solutions envisageables.

La médiation constitue une alternative intéressante au contentieux judiciaire. Depuis 2015, les professionnels du bâtiment ont l’obligation de proposer un dispositif de médiation des litiges de la consommation. Cette procédure gratuite permet de trouver une solution négociée sans passer par les tribunaux, dans des délais généralement plus courts et avec des coûts maîtrisés.

Si la voie amiable échoue, le recours judiciaire devient nécessaire. Le maître d’ouvrage peut saisir le tribunal compétent en fonction du montant du litige et de sa nature. L’assurance dommages-ouvrage, si elle a été souscrite, intervient en préfinancement des réparations relevant de la garantie décennale, permettant ainsi une remise en état rapide du bâtiment sans attendre l’issue d’une procédure judiciaire qui peut durer plusieurs années. L’assureur se retournera ensuite contre les constructeurs responsables pour obtenir le remboursement des sommes versées.

Les sanctions et risques liés au non-respect du décret BACS

Cette situation crée une zone d’incertitude juridique pour les acteurs du secteur.

Bien que le décret BACS lui-même ne prévoie pas de sanctions spécifiques, le non-respect de cette obligation peut avoir des conséquences indirectes significatives. . Les amendes prévues par le décret tertiaire peuvent atteindre 1 500 euros pour les personnes physiques et 7 500 euros pour les personnes morales.

Au-delà des sanctions pécuniaires, le non-respect du décret BACS peut affecter la valorisation du patrimoine immobilier. Les bâtiments non conformes deviennent moins attractifs sur le marché, tant pour les locataires que pour les acquéreurs potentiels. Les certifications environnementales telles que BREEAM ou HQE, de plus en plus recherchées, nécessitent généralement la mise en place de systèmes d’automatisation performants. L’absence de conformité BACS peut donc compromettre l’obtention de ces labels et diminuer la valeur vénale du bien.

Les opportunités de financement et le rôle des CEE

Ce dispositif constitue un levier financier majeur pour faciliter la mise en conformité.

Cette aide substantielle permet de réduire considérablement le temps de retour sur investissement, qui se situe généralement entre 3 et 5 ans selon la configuration du bâtiment et l’état initial des installations.

La fiche d’opération standardisée BAT-TH-116 encadre les conditions d’éligibilité aux CEE pour les systèmes GTB. Le système installé doit assurer des fonctions de régulation de classe B ou A selon la norme NF EN ISO 52120-1. Il est important de noter que la simple connexion d’un bâtiment à un système existant n’est pas éligible aux CEE ; il faut installer un nouveau système ou améliorer significativement un système existant. La constitution du dossier de demande de CEE nécessite une attention particulière aux justificatifs techniques et administratifs pour éviter tout rejet.

Les perspectives d’évolution et recommandations stratégiques

Le report de certaines échéances du décret BACS à 2030 offre un répit aux acteurs concernés, mais ne doit pas conduire à l’inaction. .

Pour les propriétaires et gestionnaires de bâtiments, il est recommandé d’anticiper les obligations plutôt que d’attendre les dernières échéances. Cette approche proactive permet de bénéficier pleinement des aides financières disponibles, de lisser les investissements dans le temps et d’éviter la saturation du marché des installateurs à l’approche des dates limites. Elle réduit également les risques de contentieux liés à des installations réalisées dans la précipitation.

La contractualisation des projets d’installation de systèmes GTB mérite une attention particulière. Les contrats doivent clairement définir les obligations de chaque partie, les critères de performance attendus, les modalités de réception et les garanties applicables. L’inclusion de clauses spécifiques relatives au respect du décret BACS et aux pénalités en cas de non-conformité peut prévenir de nombreux litiges. La vérification des assurances souscrites par les prestataires constitue également un prérequis essentiel avant le démarrage de tout chantier.

Le décret BACS et son report partiel créent un environnement réglementaire complexe qui nécessite une approche globale intégrant les dimensions techniques, juridiques, assurantielles et financières. La réussite de la mise en conformité passe par une planification rigoureuse, le choix de partenaires qualifiés et une gestion proactive des risques contractuels et assurantiels. Dans ce contexte évolutif, l’accompagnement par des experts spécialisés en gestion énergétique, en droit de la construction et en assurances constitue un investissement judicieux pour sécuriser les projets et optimiser leur rentabilité à long terme.

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