Les normes européennes de reporting en matière de durabilité connaissent une transformation majeure avec l’introduction des ESRS simplifiés. . Cette simplification répond aux préoccupations des entreprises, notamment dans les secteurs à risques comme la construction et les chantiers, où la gestion des données de durabilité représente un défi opérationnel considérable.
L’évolution des ESRS s’inscrit dans le cadre du paquet Omnibus lancé par la Commission européenne pour alléger les charges administratives tout en maintenant les ambitions du Pacte Vert européen. Pour les acteurs du secteur des chantiers et de la construction, cette révision offre une opportunité de structurer leur approche ESG de manière plus pragmatique, tout en répondant aux attentes croissantes des assureurs et des parties prenantes en matière de transparence sur les risques de durabilité.
Le contexte de la simplification des normes ESRS
Cette démarche fait suite aux retours d’expérience des premières entreprises soumises au reporting CSRD, qui ont signalé des difficultés opérationnelles importantes dans la collecte et la structuration des données de durabilité.
Cette initiative s’accompagne d’une consultation publique qui s’est clôturée en septembre 2025, permettant aux entreprises et aux parties prenantes de contribuer à l’élaboration finale des normes.
Pour les entreprises françaises, cette simplification intervient dans un contexte de report du calendrier d’application. . Ce délai supplémentaire offre aux acteurs des chantiers et de la construction une période précieuse pour adapter leurs systèmes de reporting et anticiper les exigences simplifiées.
Les principales mesures de simplification proposées
Cette réduction substantielle vise à concentrer les efforts de reporting sur les informations réellement essentielles pour les décideurs et les investisseurs, tout en allégeant la charge pour les équipes opérationnelles.
Ces leviers structurels permettent une approche plus proportionnée du reporting, particulièrement pertinente pour les entreprises de taille intermédiaire du secteur de la construction.
Cette approche par la matérialité renforce la pertinence des informations publiées tout en réduisant les exigences de divulgation sur des aspects moins significatifs pour l’activité de l’entreprise.
L’évaluation de la double matérialité simplifiée
Pour les entreprises de chantiers, cette double perspective est particulièrement cruciale : les risques climatiques peuvent perturber les opérations, tandis que les activités de construction ont des impacts significatifs sur l’environnement et les communautés locales.
La simplification de l’évaluation de la double matérialité constitue l’un des leviers majeurs de la révision. Les entreprises pourront désormais adopter une approche descendante (top-down) avec une notation allégée, facilitant l’identification des enjeux réellement matériels pour leur activité. Cette méthodologie simplifiée permet de concentrer les ressources sur l’analyse approfondie des sujets prioritaires plutôt que sur une évaluation exhaustive de tous les aspects ESG.
Dans le secteur des chantiers, cette approche permet de prioriser les risques spécifiques tels que la sécurité des travailleurs, les émissions de carbone liées aux équipements, la gestion des déchets de construction, et l’impact sur les communautés riveraines. L’évaluation simplifiée facilite également l’intégration de la matérialité dans les processus de gestion des risques existants, créant des synergies avec les démarches qualité-sécurité-environnement déjà en place.
Les risques spécifiques aux chantiers dans le cadre des ESRS
Les activités de chantiers et de construction présentent des profils de risques ESG particulièrement complexes qui doivent être adressés dans le reporting de durabilité. Les risques environnementaux incluent les émissions de gaz à effet de serre des équipements, la consommation de ressources naturelles, la production de déchets, les nuisances sonores et la pollution des sols. Ces impacts directs sont souvent amplifiés par les effets indirects sur la biodiversité et les écosystèmes locaux.
Sur le plan social, les chantiers concentrent des enjeux majeurs de santé et sécurité au travail, avec des risques d’accidents élevés nécessitant des mesures de prévention rigoureuses. La gestion de la chaîne de valeur représente également un défi, avec la nécessité de s’assurer que les sous-traitants respectent les normes sociales et environnementales. , offrant un délai d’adaptation pour structurer la collecte de ces données complexes.
Les risques climatiques physiques constituent une préoccupation croissante pour le secteur, avec des impacts potentiels sur la planification et l’exécution des chantiers. Les événements météorologiques extrêmes, les vagues de chaleur et les modifications des régimes de précipitations peuvent entraîner des retards, des surcoûts et des risques accrus pour la sécurité des travailleurs. L’intégration de ces risques dans l’analyse de matérialité permet d’anticiper les adaptations nécessaires et de renforcer la résilience opérationnelle.
Le rôle de l’assurance face aux exigences ESRS
Les assureurs jouent un rôle de plus en plus stratégique dans l’accompagnement des entreprises de chantiers face aux exigences ESRS. La transparence accrue sur les risques de durabilité permet aux assureurs d’affiner leur évaluation des risques et d’adapter leurs offres de couverture. Les données ESG collectées dans le cadre du reporting CSRD fournissent des informations précieuses sur les pratiques de gestion des risques, la maturité des dispositifs de prévention et l’exposition aux risques climatiques.
L’évolution des ESRS simplifiés influence directement les pratiques de souscription et de tarification des assurances construction et responsabilité civile. Les assureurs peuvent désormais s’appuyer sur des données standardisées et comparables pour évaluer le profil de risque ESG des entreprises. Cette transparence favorise une différenciation tarifaire basée sur les performances réelles en matière de durabilité, récompensant les entreprises les plus vertueuses et incitant à l’amélioration continue.
Les produits d’assurance évoluent également pour intégrer les nouveaux risques identifiés dans le cadre des ESRS. Les couvertures spécifiques aux risques climatiques, aux interruptions d’activité liées à des événements environnementaux, ou aux responsabilités environnementales se développent. Les assureurs proposent également des services d’accompagnement pour aider les entreprises à structurer leur démarche ESG, créant une relation de partenariat au-delà de la simple couverture des risques.
Les phases transitoires et le quick fix
Ce dispositif transitoire offre des allègements immédiats pour les entreprises de la première vague, leur permettant d’adapter progressivement leurs pratiques de reporting avant l’entrée en vigueur des ESRS pleinement simplifiés.
Pour les entreprises de chantiers, ces exemptions temporaires sont particulièrement pertinentes, le scope 3 représentant souvent la part la plus importante et la plus complexe à mesurer de leur empreinte carbone, offrant ainsi aux entreprises un horizon de préparation substantiel. Cette période transitoire doit être mise à profit pour structurer les systèmes de collecte de données, former les équipes, et tester les processus de reporting. Les entreprises peuvent également envisager une application volontaire anticipée des normes simplifiées dès 2026 pour bénéficier plus rapidement des allègements proposés.
Les implications opérationnelles pour les entreprises de construction
La mise en œuvre des ESRS simplifiés nécessite une transformation des processus opérationnels des entreprises de chantiers. La collecte de données ESG doit être intégrée dans les systèmes de gestion existants, en s’appuyant sur les outils de suivi de chantier, les systèmes de gestion de la qualité et les dispositifs de reporting financier. Cette intégration permet de limiter la duplication des efforts et d’assurer la cohérence des informations reportées.
La gouvernance du reporting de durabilité constitue un enjeu majeur, nécessitant la définition claire des responsabilités entre les différentes fonctions de l’entreprise. Les directions opérationnelles, les équipes HSE, les achats, les ressources humaines et la direction financière doivent collaborer pour assurer la complétude et la fiabilité des données. La mise en place de processus de contrôle interne adaptés est essentielle pour garantir la qualité du reporting et préparer l’audit externe des informations de durabilité.
La digitalisation des processus de collecte et de reporting représente un levier d’efficacité important. Les plateformes ESG dédiées permettent d’automatiser la collecte de données, de faciliter la consolidation au niveau groupe, et de générer les rapports conformes aux exigences ESRS. Ces outils intègrent généralement les référentiels de calcul reconnus, comme le GHG Protocol pour les émissions de gaz à effet de serre, garantissant la conformité méthodologique des données produites.
La chaîne de valeur et les exigences de reporting
La gestion de la chaîne de valeur constitue l’un des défis majeurs du reporting ESRS pour les entreprises de chantiers, qui s’appuient massivement sur des réseaux de sous-traitants et de fournisseurs. Les ESRS simplifiés introduisent des allègements significatifs sur les exigences relatives à la chaîne de valeur, reconnaissant la complexité opérationnelle de la collecte de données auprès de multiples partenaires externes, permettant aux entreprises de concentrer leurs efforts sur les partenaires les plus significatifs en termes d’impacts et de risques. Cette approche proportionnée facilite la mise en œuvre pratique du reporting tout en maintenant la pertinence des informations divulguées. Les entreprises peuvent ainsi prioriser l’engagement avec leurs principaux sous-traitants et fournisseurs stratégiques.
La structuration de la relation avec les partenaires de la chaîne de valeur évolue pour intégrer les exigences ESG. Les critères de sélection et d’évaluation des sous-traitants et fournisseurs intègrent progressivement des dimensions de durabilité, au-delà des critères traditionnels de prix, qualité et délai. Les clauses contractuelles incluent des engagements en matière de reporting ESG, créant une cascade d’exigences le long de la chaîne de valeur. Cette évolution favorise l’émergence d’écosystèmes sectoriels plus vertueux et résilients.
Les perspectives d’évolution et l’alignement international
Cette convergence internationale facilite le reporting pour les entreprises opérant sur plusieurs marchés, en réduisant la nécessité de produire des rapports multiples selon différents référentiels. L’interopérabilité croissante entre les standards européens et internationaux constitue une évolution majeure du paysage du reporting de durabilité.
Ce calendrier législatif offre une visibilité aux entreprises pour planifier leurs investissements en systèmes et en compétences. Les acteurs du secteur de la construction doivent suivre attentivement ces évolutions pour anticiper les ajustements de dernière minute et adapter leur stratégie de mise en œuvre.
Au-delà de la conformité réglementaire, les ESRS simplifiés représentent une opportunité de transformation stratégique pour les entreprises de chantiers. La structuration de la démarche ESG permet d’identifier des leviers d’optimisation opérationnelle, de réduction des coûts énergétiques, d’amélioration de l’attractivité employeur et de différenciation concurrentielle. Les entreprises qui anticipent ces évolutions et intègrent la durabilité au cœur de leur modèle d’affaires bénéficieront d’avantages compétitifs durables sur un marché de plus en plus sensible aux enjeux ESG.
L’introduction des ESRS simplifiés marque une étape décisive dans la maturation du reporting de durabilité en Europe. . Cette évolution pragmatique répond aux préoccupations légitimes des entreprises concernant la charge administrative, tout en préservant l’ambition de transparence nécessaire à la transition écologique.
Pour les acteurs des chantiers et de la construction, l’enjeu consiste désormais à transformer ces obligations réglementaires en opportunités stratégiques. L’intégration des dimensions ESG dans les processus de gestion des risques, la collaboration renforcée avec les assureurs, et la structuration de chaînes de valeur responsables constituent des leviers de création de valeur à long terme. Les entreprises qui sauront anticiper ces transformations et investir dans les compétences et les systèmes nécessaires se positionneront avantageusement dans un écosystème économique en profonde mutation, où la performance extra-financière devient un critère essentiel de compétitivité et de résilience.
